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Assez bizarrement, les épargnants semblent pâtir aujourd’hui d’une mauvaise image auprès de toute une frange de la population et même d’hommes politiques pour lesquels, trop souvent encore, l’épargnant est celui qui « s’enrichit en dormant ».

Pourtant, leurs capitaux contribuent à financer l’économie, les entreprises comme la dette de l’Etat, et à donner aux banques les moyens de remplir leur mission d’intermédiaires financiers.


En outre, « se constituer un bas de laine », c’est-à-dire épargner, est un comportement inscrit de longue date dans la tradition française et qui représente pour la grande majorité de ceux qui s’y livrent, un réel sacrifice. En effet, « mettre de l’argent de côté », c’est renoncer à une consommation immédiate dans l’espoir, soit d’améliorer le niveau anticipé de sa consommation future, soit, comportement altruiste et désintéressé s’il en est, de transmettre un capital à ses enfants.

Surtout, aujourd’hui, épargner c’est répondre aux appels pressants de nos dirigeants qui n’ont de cesse de nous rappeler la nécessité de constituer une épargne de précaution susceptible de nous assurer un complément de retraite à un moment où les mécanismes traditionnels de la retraite par répartition sont mis à mal par les évolutions démographiques que l’on connaît.

En réalité, les épargnants sont assimilés aux acteurs du monde de la finance qui, sous prétexte de défendre les intérêts de ceux qui leur avaient confié leur épargne, ont imposé une conception de l’investissement basée sur la maximalisation de la rentabilité à court terme.

En effet, les établissements financiers en général et les banques en particulier, qui n’ont aucune obligation de résultat mais seulement une obligation de moyens dans ce domaine, ont progressivement renoncé à assumer toutes les missions les plus complexes d’un gestionnaire d’actifs au profit de la seule gestion benchmarkée (1) voire indicielle puis ont réussi à imposer à leurs clients épargnants l’idée que, si les performances de leurs placements n’étaient pas à la hauteur de leurs espérances, ce n’était pas de leur faute mais de celle des dirigeants d’entreprises qui n’en tiraient pas la rentabilité que l’on était en droit d’en attendre.

C’est ainsi qu’au cours des dernières années les professionnels de la gestion, qui n’ont d’ailleurs pour la plupart jamais géré autre chose que des fonds, ont pu obtenir des entreprises non seulement des rentabilités incompatibles avec la croissance de l’économie mondiale et, dans tous les cas, susceptibles d’hypothéquer durablement leur potentiel de développement futur, mais aussi une transparence accrue et une gouvernance renforcée.

Or, lorsque l’on sait que cette profession qui, d’un côté, s’est érigée en représentante de la masse des épargnants grâce à la puissance que lui ont conférée les capitaux que ceux-ci lui ont confiés leur a, d’un autre, confisqué ce pouvoir sur leur épargne en n’appliquant pas à ses propres activités les règles de rentabilité, de transparence et de gouvernance qu’elle a réussi à imposer aux sociétés dans lesquelles elle investit pour le compte de ses clients alors même que certains produits d’épargne qu’elle gère s’y prêtaient tout à fait (2), on comprend aisément que les épargnants ne sont ni les initiateurs ni même les complices de ces dérives mais qu’ils en sont les victimes (3) et parfois même à double titre lorsqu’ils ont eu à subir les conséquences des demandes insensées des professionnels de la finance en matière de rentabilité en tant que salariés des entreprises concernées.

On pourrait penser que la crise financière que nous traversons et qui a obligé un grand nombre de banques à se placer, en dernier recours, sous la bienveillante protection des états, constitue un coup d’arrêt décisif à la course effrénée du secteur financier vers un pouvoir absolu et contribuera à infléchir de tels comportements.

Or, rien n’est moins sûr et, comme d’habitude en pareil cas, les établissements bancaires qui survivront à la crise actuelle en sortiront renforcés, que ce soit parce qu’ils auront acquis une partie des activités de leurs concurrents défaillants (qu’ils n’auraient, dans certains cas, pas pu acquérir en temps normal) ou, plus simplement, parce que la concurrence sera moindre suite à la diminution du nombre d’acteurs en présence.

Dans ces conditions, il nous semble urgent que les épargnants se mobilisent aux côtés des autorités nationales et internationales, qui ont toutes affirmé vouloir réformer le fonctionnement du secteur financier, afin d’obtenir l’inversion du rapport de forces qui a permis aux établissements financiers de leur confisquer une part trop importante non seulement des avantages fiscaux procurés par certains placements par le biais de frais élevés mais aussi de la performance qui aurait logiquement dû leur revenir, généralement sous couvert d’innovation.

C’est tout particulièrement le cas de ceux qui investissent dans des produits d’épargne collective qui doivent obtenir une meilleure gouvernance tant des produits dans lesquels ils investissent que des sociétés qui les gèrent.

L’urgence d’une telle mobilisation apparaît d’autant plus clairement que, tout au long des dernières semaines, les responsables des établissements financiers n’ont parlé que de l’ « exposition directe » de leur groupe à tel out tel établissement défaillant, c’est-à-dire du risque encouru par leur groupe dans ses relations avec cet établissement au titre de ses propres activités. Mais, à aucun moment, le risque « indirect », c’est-à-dire celui encouru sur les portefeuilles de leurs clients épargnants, n’est chiffré, comme si l’impact de la crise sur les capitaux que leurs clients leur ont confiés ne les regardait pas alors même que ce sont eux qui les gèrent, en toute discrétion (au sens propre comme au sens figuré).

__________

(1) Un fonds benchmarké a pour seul objectif de battre, même faiblement, un indice dit de référence ; c’est ainsi qu’un fonds benchmarké sur le C.A.C. 40 qui ne baisse « que » de 25 % lorsque l’indice C.A.C. 40 baisse de 28 % sera réputé être bien géré.
(2) Sous prétexte que ces structures coûtaient trop cher, les établissements financiers en général et les banques en particulier n’ont eu de cesse ces dernières années de transformer leurs S.I.CA.V. en F.C.P. Or, les S.I.CA.V. sont des sociétés anonymes (c’est pour cela que l’on dit que l’on achète des « actions » de S.I.CA.V.) et, à ce titre, disposent d’une direction générale et d’un conseil d’administration ; il aurait donc été facile de leur appliquer les mêmes règles de gouvernance que celles qui ont été mises en place pour les entreprises. En revanche, les F.C.P. n’étant pas une personne morale (c’est pour cela que l’on achète des « parts » de F.C.P.), une telle gouvernance est plus difficile à mettre en œuvre (mais on peut l’envisager au niveau de la société de gestion elle-même). Par ailleurs, est-il normal qu’il soit aujourd’hui plus facile de se procurer les états financiers dune entreprise (même si l’on n’en est pas actionnaire), et notamment ses participations que le détail du portefeuille d’un produit d’épargne collective ?
(3) Bien que ce comportement soit un cas extrême, il convient de signaler, pour bien comprendre les dérives auxquelles certains acteurs du système financier se sont livrés, que des établissements financiers dépositaires des titres des épargnants sont allés jusqu’à prêter les titres de ceux-ci, contre rémunération bien sûr (mais pour eux et non pas pour les véritables propriétaires des titres), certains intervenants allant même jusqu’à utiliser le droit de vote attaché aux actions empruntées et acquis pour quelques fractions du prix réel des actions pour tenter d’influer sur la gestion ou l’administration des entreprises concernées lors des assemblées générales d’actionnaires ! Fort heureusement, l’Autorité des Marchés Financiers s’est emparée de ce sujet.
 
Publié le 30/10/2008
 
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Publié le 26/10/2008
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Publié le 26/10/2008
À lire
Les banquiers ne paient pas l’addition
Patrick Bonazza
Hachette Littératures
La crise financière et économique que nous traversons depuis bientôt deux ans est l’occasion pour un certain nombre de ceux qui ont profité de l’hypertrophie du secteur financier -et qui ont contribué à son explosion- de non seulement nous expliquer qu’ils avaient tout vu, tout prévu mais aussi d’arrondir leurs fins de mois. On ne se refait pas...!

Il est donc particulièrement difficile de s’y retrouver et cela est d’autant plus dommage que l’on trouve, parmi les dizaines de livres déjà publiés sur le sujet, des ouvrages intéressants permettant de se faire une idée objective de ce qui s’est réellement passé.

C’est le cas notamment du petit livre intitulé « Les banquiers ne paient pas l’addition » écrit par Patrick Bonazza, rédacteur en chef du service Economie du magazine Le Point qui, en moins de 150 pages et à peine deux heures de lecture, permet de mieux comprendre, grâce à une série de cas concrets, citations et anecdotes, les éléments qui ont conduit à la crise que nous savons, le premier d’entre eux étant justement que « les banquiers ne paient pas l’addition » puisque « cette certitude est de nature à encourager les comportements qui poussent à la faute ».
Publié le 09/09/2009         Lire la suite